Au collège, Gilles Lellouche trouve un exutoire fascinant dans le théâtre, qui le pousse à s’inscrire au Cours Florent dont il sort diplômé. Il se destine à la scène, pourtant c’est un film qui fait office de révélateur, comme une explosion dont les ondes résonnent encore aujourd’hui. La Haine de Mathieu Kassovitz est comme un électrochoc. Le jeune homme se lance à corps perdu dans la réalisation. Avec son camarade Tristan Aurouet, ils réalisent une poignée de courts métrages et des clips vidéos pour des artistes de rap français comme NTM et MC Solaar. En 2004, ils tournent Narco, leur premier long métrage, avec en tête d’affiche l’acteur que tout le monde s’arrache déjà : Benoît Poelvoorde. C’est un compagnonnage au long cours qui se dessine avec le comédien belge, que Gilles Lellouche retrouvera sur chacun de ses projets de cinéaste.
Mais alors qu’il s’envisage réalisateur, sa carrière de comédien est à un tournant : le rôle offert par Rémi Bezançon dans Ma vie en l’air le propulse dans une autre catégorie, et l’impose comme le gars cool un peu je-m’en-foutiste, parfaitement calibré pour les comédies de trentenaires, option gentiment romantiques. Sauf que l’homme n’est pas du genre à se laisser enfermer dans des cases. Alors que les rôles de mec sympa se suivent, il s’impose pour jouer les voyous dans Ne le dis à personne de Guillaume Canet, camarade de jeu qu’il retrouvera, comme Poelvoorde, tout au long de son parcours, notamment dans Les Petits Mouchoirs, dramédie chorale qui lui vaut une nomination pour le César du Meilleur acteur dans un second rôle. Gilles Lellouche enchaîne alors les grands rôles dans des films comme Krach, A bout portant, Gibraltar, L’Enquête, ou encore La French de Cédric Jimenez, qu’il retrouvera avec le succès que l’on sait pour Bac Nord en 2022. Tout en explorant ce versant plus sombre de sa filmographie, il ne délaisse pas la comédie pour autant. On le retrouve notamment dans JC comme Jésus Christ de Jonathan Zaccaï, 100% cachemire de Valérie Lemercier, Sous le même toit de Dominique Farrugia, ou dans Le Sens de la fête de Toledano et Nakache.
En 2018, il réalise son premier long-métrage en solo, Le Grand Bain, l’histoire de sept hommes abimés par la vie qui y reprennent goût en s’essayant à la natation synchronisée. Une comédie douce-amère, avec un casting d’exception, qui lui vaut une sélection Hors compétition au Festival de Cannes, et 10 nominations aux César. Alors que Le Grand Bain rencontre un franc succès public (plus de 4 millions d’entrées en France), Gilles Lellouche revient déjà là où on ne l’attendait pas forcément. Dans Pupille de Jeanne Herry, c’est une toute autre facette de son jeu d’acteur qui se dévoile, avec le rôle de Jean, assistant familial qui accueille de façon transitoire les nourrissons en attente d’adoption. Une prestation inoubliable qui lui vaut une nomination pour le César du Meilleur acteur, et ajoute une corde sensible à son arc déjà bien fourni, qu’on le verra déployer à nouveau notamment dans Soudain Seuls de Thomas Bidegain, ou encore dans Leurs enfants après eux, relecture par Ludovic et Zoran Boukherma du Goncourt de Nicolas Mathieu, que Gilles Lellouche envisagea d’ailleurs un moment d’adapter… avant de se laisser happer par un projet qui lui tenait à cœur depuis plus de dix ans.
Ce projet, c’est L’Amour Ouf, son dernier long métrage comme réalisateur, présenté en Compétition officielle en mai dernier au Festival de Cannes. Cette fresque flamboyante, qui court sur plusieurs décennies, rallume la flamme d’amours adolescentes incarnées par deux duos incendiaires (Mallory Wanecque et Malik Frikah pour les séquences situées dans les années 80, et Adèle Exarchopoulos et François Civil pour celles qui se passent dans les années 2000). Le film embrase le festival, et mobilise un public enthousiaste, notamment les adolescents qui se passionnent pour cette histoire d’amour qui défie le temps.
En attendant des prochaines aventures en réalisation, on le retrouvera à l’affiche de Chien 51, l’ambitieux nouveau projet de Cédric Jimenez, film de science-fiction adapté du roman éponyme de Laurent Gaudé, avec Adèle Exarchopoulos, Louis Garrel et Romain Duris.
C’est un honneur, une joie et une fierté pour l’Académie André Delvaux de remettre le 22 février prochain un Magritte d’honneur à Gilles Lellouche. Il succède ainsi à Aurore Clément, Agnès Jaoui, Marion Hänsel, Monica Belluci, Raoul Servais, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Vincent Lindon, Pierre Richard, Emir Kusturica, Costa-Gavras, Nathalie Baye et André Delvaux.