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Les Magritte du Cinéma
14e édition - 22 février 2025

14 février 2024 - 18:08:39

Meilleur documentaire 2024: les nominations

Travail, passion, lutte sociale, dépassement de soi, identité, origines, modernité, exil sont autant de thématiques universelles incarnées par les protagonistes des documentaires en lice cette année, qui sont autant de portraits qui, par le prisme de l’intime, nous permettent de mieux appréhender le monde dans sa complexité.
Adieu sauvage prend la forme d’un journal de bord inattendu. Sergio Guataquira Sarmiento descend « d’un peuple quasiment disparu », dont il peine à se faire une image exacte, tant les récits lyriques de son père semblent peu correspondre à ses souvenirs d’enfants, quand ils se remémorent les hommes de sa famille. Quand il entend parler d’une épidémie de suicides qui ravagerait sur ses terres d’origine, il décide de s’y rendre pour essayer de comprendre les motivations de ces jeunes gens. Peut-être est-ce parce qu’ils n’ont pas de mot pour exprimer leurs émotions? Quant au cinéaste, cette étiquette de « Blanc » qu’on lui colle ne l’empêche-t-il pas de découvrir sa véritable identité? Cette enquête qui tourne à la quête, explore avec finesse la tristesse d’une communauté. Le cinéaste s’interroge sur sa propre nostalgie, corollaire de l’exil, le sentiment de n’être plus d’ici, ni tout à fait de là-bas, et nous avec lui observons un monde, qui peut-être, est en train de s’éteindre. Le film, multiprimé en Festival, est produit par Fox the Fox, structure de production créée en 2019, qui était déjà présente aux Magritte du Cinéma en 2023 avec le court métrage de fiction Les Huîtres.



Avec Le Balai Libéré, Coline Grando crée un pont entre passé et présent, ouvre un dialogue complexe, qui fait ressortir la transformation profonde qui a affecté le monde du travail depuis une demi siècle, notamment concernant la question de la représentation des travailleur·ses, et le combat syndical. Dans les années 70, les femmes de ménage de L’Université Catholique de Louvain mettent leur patron à la porte et créent leur coopérative de nettoyage, Le Balai libéré. 50 ans plus tard, le personnel de nettoyage de l’UCLouvain rencontre les travailleuses d’hier : travailler sans patron, est-ce encore une option ? Ce retour en arrière sur l’histoire de l’université et de son personnel de nettoyage met aussi en lumière les conditions de travail actuelle, l’extrême solitude, la pénibilité, les exigences physiques du métier. L’esprit de collectivité et la solidarité qui étaient de mises dans les années 70 ne sont clairement plus d’actualité. De même, la figure du patron a changé d’incarnation. Présent sur le terrain à l’époque, les travailleur·ses avaient fait le choix de l’évincer. Aujourd’hui, il est une absence plus qu’une présence, aux manettes exclusives des cordons de la bourse, sans pour autant organiser le chantier. Le film est produit par le Centre Vidéo de Bruxelles, dont c’est la deuxième nomination dans cette catégorie après Sans frapper en 2019.


Dans Se cracher pour exister, Julien Henry nous plonge dans le monde du Speedway à travers le portrait singulier d’une jeune femme qui perpétue une tradition - et une passion familiale. Tous les dimanches, Alizé débranche son cerveau et appuie sur l’accélérateur dans un grand défouloir de vitesse et de destruction pour devenir l’héroïne d’un jour, d’une course, d’un crash. Mais le circuit qui rassemble la Communauté depuis 40 ans doit fermer, sous le coup de problèmes administratifs. Ce que nous montre le cinéaste, c’est la façon dont le circuit, en forme d’anneau, fait famille, comment le cercle relie ses usagers, coureurs et coureuses, spectateurs et spectatrices. Il fait communauté, et en toile de fond, c’est le petit théâtre de la vie qui s’y joue, les joies et les peines, les naissances, les mariages, les disparitions, les luttes globales traduites à l’échelle locale, et toujours, le goût de l’effort, l’entraide, et la solidarité malgré la compétition. Le film est produit par Toast Production, dont c’est la première participation aux Magritte du Cinéma.



Mathieu Volpe avec Une jeunesse italienne apporte nuance et incarnation à la problématique de la migration économique à travers le portrait singulier de Sokuro, jeune Burkinabé installé en Italie, et de Nassira, sa jeune fiancée restée au pays. Le cinéaste nous invite à un compagnonnage au long cours. A travers quelques moments clés de l’histoire d’amour entre Sokuro et Nassira, il offre un autre regard sur l’immigration économique, qui par la grâce de l’incarnation prend un tournant plus intime. Le regret, la nostalgie et le manque sont les corollaires trop souvent laissés dans l’ombre de ces exils menés à contrecoeur, par nécessité plus que par envie. En donnant des visages et des corps à un sujet d’actualité, en l’incarnant en prenant le temps d’en explorer la complexité, le cinéma documentaire permet d’approfondir la réflexion, et les aspirations contradictoires mais profondément humaines, et l’histoire de Sokuro et Nassira se superpose aux récits médiatiques pour les enrichir et les humaniser. Une jeunesse italienne est produit par Replica Films, dont c’est également la première participation aux Magritte du Cinéma.